Critique de l’article estimant que les filles issues de foyer de personnes de même sexe réussissent moins bien à leurs examens.

 

11150_011_003cet article a pour but de critiquer l’article paru ici, et d’en discuter la validité.

Traduction du résumé (le but des résumés est de présenter et de donner envie d’acheter l’article…):

« Presque toutes les études des parents de même sexe ont conclu il n’y a « aucun différence » dans un éventail d’études pour les enfants qui vivent dans un ménage avec les parents de même sexe par rapport aux enfants vivant avec des parents mariés de sexe opposé. Récemment, un travail basé sur le recensement des États-Unis a conclu à un résultat contraire, mais ces études présentent des inconvénients considérables. Ici, un échantillon de 20 % du recensement 2006  du Canada est utilisé pour identifier les enfants déclarés vivant avec des parents de même sexe et à examiner l’association du type de ménage avec le taux d’obtention du diplome de lycée pour leurs enfants. Ce grand échantillon aléatoire permet un contrôle parental matrimonial, établit une distinction entre les familles gays et lesbiennes et est assez grand pour évaluer les différences entre les sexes entre parents et enfants. Les enfants vivant dans des familles gaies et lesbiennes en 2006 avaient environ 65% de chances d’obtenir leur diplôme par rapport aux enfants vivant dans des familles hétéroparentales (note du traducteur: d’après les tableaux, il s’agit plutot de 6 à 9% de chances en moins, et, après vérification, contrairement à ce qui est mis dans l’article, l’écart n’est PAS significatif une fois les ajustements faits; le résultat intéressant est ailleurs). Les filles avaient des résultats considérablement plus faibles que les garçons. » (NdT: en effet, lorsqu’on sépare filles et garçons, on obtient un résultat significatif, c’est-à-dire non du au hasard: les filles ont 40% de chances en moins d’obtenir leur diplome si elles sont élevés par des couples d’homosexuels masculins, et 45% de chances en moins si elles sont élevées par des couples de lesbiennes; pour les garçons, au contraire, leurs chances augmentent légèrement, pour les deux types de couple, mais de façon non significative)

Méthodologie: j’ai abtenu cet article via les ordinateurs de ma faculté qui ont accès aux article de springer link, fait un premier débrouillage avec google traduction, corrigé la traduction avec mon anglais, le dictionnaire reverso et le harrap’s shorter en cas de doute.

Je signale ici les points de traduction qui m’ont posé problème:

– j’ai traduit « graduation rates » par taux de réussite au diplome; ce point est important, car si on le traduit par « personnes ayant obtenu leur diplome », il apparait des facteurs de confusion comme par exemple des redoublements, qui aurait fait sortir certains élèves de l’échantillon, et le taux de réussite ou d’échec deviendrait un taux d’obtention ou de non obtention…

– j’ai aussi eu du mal à traduire  » about 65 % as likely » que j’ai traduit par « seulement 65% de chances de réussite.

Mais comme il s’agit d’odds ratio, une notion de statististique qui compare à un taux de 100% pour le groupe principal, la formulation induit en erreur. Je mettrais en commetaire la traduction en language courant de cette expression statistique, en terme de % de chances en moins, d’où mes notes dans le résumé.

Une précision doit être faite immédiatement sur la grosse erreur d’affirmer qu’il y a une différence significative sur l’analyse des parents gays controllé sur les enfants, le niveau d’éduction des parents, et le statut marital (existence de séparation; le tout est la 2ème ligne, 4ème colone du tableau 5)

Pour affirmer qu’il y a une diffénrece significative, il faut que l’intervalle [coefficient – 2 écarts type (nommés standart error); coefficient + 2 écarts type] ne comprenne pas 0. Or ici, cet intervalle est de [-0.756; 0,008]; il comprend 0, et n’est donc pas significatif.

Je pense que c’est une coquille dans l’article, que je vais signaler à l’auteur.

Reprenons l’analyse des forces et des faiblesses de l’article, et voyons si elles étaient évitables.

Forces (au fur et à mesure de leur apparition dans l’article):

Une analyse correcte des faiblesses des études précédentes: Pour être valable, une étude doit remplir deux conditions principales: inclure un nombre de sujets suffisants (le but de toute étude est de rejeter l’hypothèse nulle: pas de différence; comme le risque alpha, qui est de dire qu’il y a une différence alors qu’il n’y en a pas, est standrdisé à 5%, c’est le risque béta, qui est de dire qu’il n’y a pas de différence alors qu’il y en a une qui diminue avec l’augmentation de la population; autrement dit, si vous prenez une population trop petite, et que vous dites « il n’y a pas de différence », vous ne savez pas si c’est parce qu’il n’y a réellement pas de différence, ou parce que la population est trop petite pour la voir…

De plus, les participants doivent être sélectionnés au hasard dans la population: autrement dit, il ne faut pas prendre les personnes les plus faciles à identifier, car elles ne seront pas représentatives.

Or, pour ces études précédentes, que se passe-t-il?

Citation de ma traduction: « la quasi-totalité de la littérature sur l’homoparentalité (ce qui signifie presque toujours parentalité lesbienne ) est basée sur une combinaison de faiblesse des du schéma d’étude, de petits échantillons de commodité biaisées , « l’effet boule de neige  » et des tests de faible puissance. »

ou encore: «  Parmi les cinquante- trois études examinées ici , seulement sept  utilisent le hasard pour constituer leurs achantillons. Toutes les autres études ont constituées leurs échantillons par des moyens qui ont introduit différents niveaux de biais. Certaines études ont recruté des individus provenant de sources de données de la banque de sperme ou d’autres types de fournisseurs de techniques de reproduction. D’autres études ont utilisé des enquêtes sur Internet où les répondants ont été recrutés par différentes méthodes : forums de parents, sites web gais et lesbiennes , et questionnaires en ligne de lobbys. De nombreuses études ont recrutés à travers des événements LGBT , publicités dans la librairie et la presse, le bouche à oreille , les réseaux et les groupes de jeunes. une méthode courante de recrutement était d’utiliser une combinaison des méthodes ci-dessus pour former une base de l’échantillon, et ensuite recruter des amis de la base » (biais de sélection, biais de conflits d’intérèt potentiels avec les groupes LGBT, échantillons forcément non représentatifs…)

Dans la catégorie « étude qui ne sert à rien car beaucoup trop faible », ma préférée est celle de Chrisp en 2001: le schéma est simple: on prend les 8 premiers couples de lesbiennes avec enfant que l’on trouve, elles ont été sélectionnées je ne sais pas comment, mais en tout cas pas au hasard, on leur pose des questions non vérifiables, on ne compare les résultats avec rien, et on conclut qu’il n’y a pas de différence, comme 7 autres études faites auparavant… Le miracle aurait été qu’on trouve une différence avec ce schéma d’étude!!!

Une ou deux études sont meuilleures, celles de Rosenfeld en 2010 (plus de 700000 personnes), et de allen et al. en 2013( 1 189 833 personnes), mais leurs conclusions, qui portent sur le même échantillon sont opposées: allen et al. ont réintroduit les personnes ayant déménagé dans les 5 dernières années, que rosenfeld avait enlevé en raison du risque de biais, et s’est rendu compte que 60% des couples de lesbiennes et 39% des couples gays avaient disparu de l’analyse précédente… En refaisant l’analyse, il a trouvé une différence significative (OR à 65%)

le choix du pays: le Canada a adopté le mariage homosexuel, et les couples homsexuels n’ont pas de désavantages fiscaux par rapport aux couples hétérosexuels, et ont le droit d’adoption, ce qui réduit le biais de classement (des couples homosexuels hommes ou femmes qui ne se déclarent pas comme homosexuels); c’est particulièrement important ici, étant donné que sur 1 967 471 enfants, les auteurs n’en ont trouvés que 423 élevés par des couples homosexuels, et 969 élevés par des couples de lesbiennes, soit les deux ajoutés, 0,07% du total des enfants…

Une analyse en aveugle: les élèves en question ne savent pas qu’ils font partie d’une étude, et donc n’ont par exemple pas modifié leur niveau de travail à cause de cette étude. Note: il n’était pas possile ici que la personne qui fasse l’étude ignore par quel type de couple les enfants sont élevés

Un controle du statut du couple: c’est extrèmement important pour éviter les erreurs de classement entre groupes et long: allez donc controler le statut matrimonial des parents de près de 2 millions d’enfants un par un!!!

Une étude de population: TOUS les enfants vivant avec un parent à la maison ont été inclus. Cela fait un nombre considérable, qui fait que l’on parle de TOUTE la population (basé sur le recensement 2006 et les listes de réussite et d’échec aux examens): les résultats sont parfaitement représentatifs, mais ce type d’étude est très couteux et très long!

Un critère de jugement objectif et adapté: ici, le taux de réussite à un diplome; l’avantage est que ce critère ne peut être modifié involontairement par l’auteur pour appuyer son hypothèse; étant donné l’importance de ce diplome au canada, qui est obligatoire et l’équivalent du bac en france.

Des groupes d’études de prents de même sexe spécifique: comme le recensement au canada demande clairement si vous êtes un couple gay ou lesbien, il n’y a pas de risque de classer comme gay un foyer de deux hommes hétérosexuels habitant ensemble pour des raisons pécuniaires ou autres.

Une méthode statistique, l’odd ratio, simple et acceptable dans ce contexte: pour faire simple, l’odd ratio est acceptable si le groupe d’atude est peu important, inférieur à 10% du total. Comme ici il est de 0,07%, il est adapté.

Une analyse des enfants en sous groupes masculin et féminins: Le but est de démasquer une différence significative dans un sous groupe: ici, le fait que les garçons élevés dans des couples homosexuels masculins ou féminins n’aient pas plus de problèmes que les autres pour réussir leurs examens masquent le fait que les filles élevées dans ces foyers aient plus de problèmes à ce niveau.

Si cela n’avait pas été fait (c’est parfaitement licite ici puisque cela ne peut pas modifier les résultats) la conclusion de l’étude aurait du être: il semble qu’il y ait une différence entre les enfants des foyers issues de personnes de même sexe et les autres, mais cela disparait dès que l’on prend en compte la séparation des parents, ce qui est compatible avec le fait que les enfants élevés par un père seule ou une mère seule aient de plus mauvais résultats que les autres dans les mêmes proportions.

Mais ici, la conclusion est que l’échec des filles est significativement, et de façon importante, au fait de vivre dans un foyer homosexuel ou lesbien, alors que cela ne change rien pour les garçons…

C’est donc un résultat important et nouveau.

Test de robustesse et facteurs de confusions: La différence de résultats a été controllé et persiste lorsque l’on prend en compte les facteurs suivants: la province d’origine, l’habitation urbain ou non, le fait d’appartenir à des minorités raciales visibles, d’avoir un handicap, d’avoir déménagé au cours des 5 dernières années, l’age, la taille de la famille, le niveau de revenu familial, le sexe, la race, le niveau de diplomes des parents et une séparation récente entre eux, ainsi que le taux de fréquentation scolaire.

Autrement dit, aucun de ces facteurs n’expliquent les différences constatées selon l’auteur.

A cause du caractère en réalité non significatif signalé plus haut, je ne suis pas d’accord: le taux de séparation fait disparaitre l’effet pour l’analyse non diffénciée sur le sexe, mais elle réapparait lorsque l’on analyse séparément filles et garçons dans le tableau 6.

Ce type d’analyse cherche à éliminer les facteurs de confusion, et l’exemple typique en est l’alcool et le cancer du poumon: si vous cherchez, vous trouvez que les alcooliques font plus de cancers du poumons que le population générale. Seulement, les alcooliques aussi fument plus que la population générale, et le tabac donne le cancer du poumon. Si vous prenez en compte ce facteur, la relation entre alcool et cancer du poumon disparait…

Ici, la relation entre « avoir deux parents du même sexe » et « échouer à son examen » disparait pour l’ensemble fille et garçons lorsque l’on prend en compte le fait que les couples formés par deux parents du même sexe se séparent plus. Mais c’est qu’il y a un effet masqué, révélé par le tableau 6…

Faiblesses et limites de cette étude, et étaient-elles évitables?:

Des biais de sélection majeurs et inévitables avec ce type d’étude:

Tout d’abord, il faut savoir que comme tous les homosexuels célibataires avec enfants en 2006 ont répondus au recensement qu’ils étaient célibataires, TOUS ont été classés dans la catégorie « single father », comme TOUTES les lesbiennes célibataire avec enfants ont été classées dans la catégories « single mother »; la conséquence est surtout de diminuer la taille de la population étudiée, parce qu’étant donné le faible nombre d’homosexuels et de lesbiennes de l’échantillon, on ne peut pas prétendre que ce soient leur présence qui puisse avoir causé la baisse des taux de réussite observés pour ces deux groupes.

Ensuite, les couples divorcés-remariés sont comptés comme couple mariés, alors que selon l’auteur, ils devraient être comptés dans les couples ayant divorcé. L’erreur attendue serait qu’en réalité, les enfants issus de couples mariés seraient mieux classés qu’ils ne le sont. Toutefois cet effet ne fausse pas les résultats, puisque ce groupe reste celui qui obtient le meilleur taux de réussite.

Du fait du choix du recensement 2006 du Canada pour constituer la population étudiée, et de l’impossibilité de vérifier ces éléments, et de la quasi-impossibilité de trouver un meilleur échantillon d’étude, ces deux biais de sélection n’étaient pas évitables.

2 facteurs de confusion potentiels non pris en compte:

Le premier est un peu tiré par les cheveux, ce serait la présence de discrimminations spécifique envers les filles issus de familles homosexuelles ou lesbiennes: je dis tiré par les cheveux pour deux raisons:

– On ne voit pas de raisons que seules les filles venant de ces foyers soient discrimminées, et pas les garçons, qui eux n’ont pas de problèmes.

– L’examen est probablement fait de façon anonymisée pour l’écrit, et pas par des professeurs des élèves, c’est-à-dire comme en France. Comment ces proffesseurs et ces correcteurs, qui ont autre chose à faire, sauraient-ils que les parents de ces enfants sont homosexuels? Ce n’est marqué sur leur figure ou leur feuille de présentation non?

Le second serait le taux de tentative de suicide: on sait que d’une façon générale, les homosexuels se suicident plus, et on se doute que le suicide ou la tentative de suicide d’un parent peut avoir des effets sur les enfants et géner leur scolarité.

Cette observation est valable mais à nuancer: je ne sais pas si les homosexuels en couple, avec enfants, se suicident plus que les autres ménages: personnes mariées, divorcées, célibataires, avec enfants.

Il aurait peut-être été possible, quoique à coup sur difficile, long, et sans doute trop couteux à ce stade de la recherche d’effetcuer une recherche au niveau d’un fichier des tentatives de suicides, qui n’existe sans doute d’ailleurs pas, et de mettre en relation les deux millions de noms retenus et toutes les tentatives de suicides répertoriées en vérifiant à chaque fois les deux millions de noms…

2 biais plus ou moins évitables:

– Le premier est celui du redoublement: On ignore comment sont analysés les personnes qui échouent une fois puis retentent le diplome, si cela est possible. C’est dommage, et il serait intéressant de connaitre l’effet de la prise en compte du redoublement sur la réussite…

– Le second est celui de l’école à la maison: on constate que les enfants de couples mariés sont ceux qui vont le moins à l’école; moins aller à l’école peut signifier avoir moins de cours, ou avoir l’écolé à la maison, qui a plutot tendance à donner de bons résultats, puisque les enfants sont suivis individuellement en classe de 5 ou 6 maximum, au lieu de 30. Ils progressent donc mieux… Là encore, un facteur de confusion potentiel.

Limite de l’étude, qui vient du scéma d’étude:

C’est une étude DESCRIPTIVE de grande puissance. PAS une étude de CAUSALITE; autrement dit, après cette étude, on peut dire « les filles issus de foyers de parents de même sexe échouent plus à leurs examens, et ce n’est pas du à la province d’origine, l’habitat urbain ou non, le fait d’appartenir à des minorités visibles, d’avoir un handicap, d’avoir déménagé au cours des 5 dernières années, l’age, la taille de la famille, le niveau de revenu familial, le sexe, la race, le niveau de diplomes des parents et une séparation récente entre eux ou le taux de fréquentation scolaire »

MAIS PAS « les filles issues de foyers de parents de même sexe échouent plus à leurs examens PARCE QU’ELLES vivent dans des foyers de parents de même sexe ».

Par ailleurs, vu la puissance de l’étude, il est certain que le fait d’habiter dans un foyer avec des personnes de même sexe n’a AUCUN effet néfaste sur la réussite au diplome du secondaire canadien.

Conclusion:

cette étude sérieuse, bien documentée, portant sur toute la population canadienne concernée, conclut que le fait d’être une fille et d’être élevé par un couple de même sexe est associée à un taux d’échec important dans les études du secondaire.

Mais elle ne peut pas dire pourquoi, quelle en est la raison car ce format d’étude ne le permet pas.

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