Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien.

Mon article portera sur la manif pour tous la plus récente, où je faisais partie de l’équipe de sécurité qui a du gérer les FEMENs qui étaient présentes sur place et sur l’action « coup de poing » des veilleurs après celle-ci.

Le samedi 25 mai, je reçois un sms d’un ami me demandant de rejoindre les équipes de sécurité de la manif pour tous, qui manqueraient de monde. Comme je recevais aussi des mails de la manif pour tous demandant des volontaires, je me suis inscrit; le rendez-vous était fixé à 10h30 le dimanche matin.

Comme il y avait eu déjà 6 manifestations cette année, et que la plupart des violontaires sont des parisiens, de plus assez épuisés par le rythme trépidant des dernières semaines, il n’y avait pas un excès de volontaires, mais le nombre minimal était atteint (sauf pour les personnes d’acceuil dans le cortège, dont on a un peu manqué, mais rien de grave), ce qui me fait dire que la manif pour tous ne manquera pas de volontaires à la rentrée, car les vacances permettront à chacun de se reposer; les deux seules choses qui pourraient empécher les manifestations de continuer seraient le manque d’argent (je n’y crois pas) ou le manque de motivation à continuer; j’espère que cela ne se produira pas, car nous sommes dans le cadre d’une bataille d’usure, et la chose que nous devons préserver c’est notre motivation à nous battre contre cette loi; et pour cela, nous avons besoin des cortèges de la manif pour tous!

Le degré d’organisation de ce système est très impressionnante: il y a un chef de la sécurité, qui a comme subordonnés trois chefs de cortèges, puis dans les échelons il y a encore les chefs de canton, les chefs de secteur, et les chefs d’équipe attachés à une partie du cortège, mais mobilisable en cas de problème!!! Sans parler de l’équipe de sécurité mobile, qui suit une formation spéciale, et qui est celle qui s’était interposée entre le GUD et les CRS… pour protéger les CRS!

Avec une telle organisation, le travail n’était vraiment pas difficile, et j’ai passé le plus clair de mon temps a obtenir des manifestants qu’ils marchent sur la chaussée, et pas sur les trottoirs… Très dangereux, et montrant bien le degré de violence de ces manifestants d’extrème droite (sic) comme on le voit…

Il y a tout de même eu une alerte: à un moment du trajet, où l’on nous avait recommandé d’être vigilants, nous avons été appelé pour faire un cordon de sécurité en raison de la présence de FEMENs (où personnes s’en étant inspirées)…

Il s’agissait de deux femmes noires, à poil sur un balcon, qui faisaient un show tout en provoquant les manifestants; cela avait bien entendu alerté les photographes. La situtaion n’était pas très dangerueses: elles n’étaient que deux, ne sont pas descendues de leur balcon, et deux policiers étaient là, mais qui n’avaient pas le droit de monter dans leur domicile; d’autres pouvant le faire avaient été appelés. La situation était donc déjà gérée bien avant notre arrivée, et nous avions été appelés au cas où des manifestants auraient voulus aller leur faire un mauvais parti.

Nous n’étions que trois « smarties » (c’est ainsi que je surnomme les volontaires), mais à mon avis l’équipe de sécurité mobile n’était pas loin… Seulement, il n’y a aucune violence, même verbale, dans ce contexte de provocation: la pire phrase qui a été lancée par un manifestants dans la demie heure où nous été sur place (oui, la police a été LENTE: trop de manifestants… ) fut l’emploi du terme de « cochonnes »; et l’activité principale fut de faire circuler les gens qui s’arrètaient pour regarder…

Le reste de la manifestation se passa sans incidents notables, hormis une ou deux banderolles hostiles, et deux ou trois jets d’oeufs que des manifestants nous ont rapportés.

Après cette manifestation, j’avais décidé de rejoindre les veilleurs avenue de breteuil. « Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien » Cette phrase, qui m’est souvent revenue lors de cette veillée, m’a donnnée l’idée du titre de cet article, car le travail indispensable de tous les bénévoles de cette manifestation, personne n’en parle, et il permet à cette manifestation d’exister. Les veilleurs, peu de gens en parlent, mais ils dynamisent tout le mouvement de résistance à la loi Taubira par leur seule existence. Et aux veilleurs, le silence et de mise pour accuillir les témopignages, ou les textes des grands penseurs, et les laisser agir dans nos ames…

Un de ces textes, une nouvelle de jean gionnot, m’a particulièrement marqué; il m’est difficile de la raconter sans en trahir l’esprit, même si les faits sont exacts… Il s’agit de l’histoire d’un homme, un solitaire, Elzéar Boufier, qui, au début du siècle, avait entrepris de planter des millions de glands de chène, de bouleau, et de toutes sortes d’arbres dans un désert où l’on luttait pour survivre. Il n’avait pas arrété, même pendant la guerre, plantant soigneusement des centaines de milliers de glands soigneusement sélectionnés, sans en dire un mot à quiconque, inlassablement. Le bien ne fait pas de bruit…

Le fruit de son travail, vingts ans plus tard, avait été de translformer ce plateau désertique, non en jardin, mais en belle plaine forrestières de plusieurs hectares, où même des rivières étaient revenues… Le bien ne fait de bruit…

Il y a eu aussi des témoignages, notamment ceux de veilleurs qui, refoulés par la police, étaient venus nous raconter ce qui se passait aux invalides: les policiers, d’une part, avaient lancé des grenades lacrymogènes sur tout le monde, y compris les veilleurs qui en avaient reçu par erreur. Et d’autre part, ceux qui souhaitaient rejoindre les veilleurs ont étés refoulés, alors que des personnes arborant avec ostentation des croix gammées pouvaient passer… Ces deux faits nous ont été rapportés plusieurs fois… Un de mes amis pense que ces personnes étaient des policiers en civil provocateurs. J’ignore s’ils l’étaient, mais plus tard, nous avons eu à faire avec des policiers en civil cherchant à provoquer une action violente des veilleurs… (avec une inefficacité si totale qu’elle en devenait comique!!!)😀

Sur les invalides, il y avait aussi des personnes qui étaient là pour « jouer » avec la police, par exemple en lançant des pétards sur des boucliers, pour faire du bruit, mais aussi d’autres qui étaient apparemment bien plus violentes; cela a permis aux journaux de consacrer la moitié de leurs articles à la violence qu’il y a eu après les manifestations. Le bruit ne fait pas de bien… (Je suis retourné sur les invalides après, et il convient de préciser deux ou trois chose: il n’y a eu aucun dégat matériel, juste des déchets sur les pelouses; le terme de casseurs est donc un pur et simple mensonge, il faut dire « agitateurs dont certains semblent employer la violence contre la police »; de plus, parmi les personnes interpelées, certaines n’avaient pas commis de violences… Et aucune des personnes portant des insignes nazis n’ont à ma connaissance étés interpellées)

La veillée s’est continuée, l’ambiance était très libre, tous ceux qui le souhaitaient pouvaient témoigner. Nous avions demandé à pouvoir rejoindre les autres veilleurs sur les invalides, et la police avait accédé à notre demande lorsque l’agitation s’était calmée.

Lorsque nous les avions rejoints, nous avons vu une petite trentaine de véhicules de police qui partaient, et nous sommes installés. Puis, peu de temps après, et voyant qu’il n’y avait aucune policier aux alentours, Axel a proposé de voter pour savoir si nous restiopns ici ou si nous bougions immédiatement, en s’excusant auprès de ceux qui dormaient.

Tout le monde choisit de bouger.

Pendant que certains nettoyaient derrière nous, pour qu’il n’y ait pas de trouble à la salubriété publique, les autres se sont mis en marche rapidement, et nous avons marché sur l’Elysée. En silence, les bougies allumées pour ceux qui le pouvaient. le bien ne fait pas de bruit…

Nous avons pu traverser, et visiblement les policiers ne s’attendaient pas à ça, puisqu’ils ne nous ont arrétés que devant le palais de l’Elysée. Le petit, malheureusement. Mais tout de même!!! Nous étions fiers de nous!

Nous avons craint que les policiers ne nous fassent partir immédiatement, mais non: ils se sont installés en face de nous et c’est tout: ils connaissent les veilleurs, et savent que ce mouvement non violent ne leur pose de problème que lorsqu’ils cherchent à le disperser.

C’est à ce moment que deux policiers en civil, à l’écart du groupe, ont cherchés à provoquer des incidents en commençant par lancer des slogans contre le mariage homo. Nous les avons tous laissé crier dans le vide, pas un n’a repris ce slogan. Rétrospectivement, leur impuissance était comique…

Le bruit ne fait de bien…

Comme quelqu’un était descendu nous donner des provisions, nous les avons fait passer, en silence, ainsi que de l’eau; nous avons égelemnt été en proposer aux policiers, mais leur chef leur a donné l’ordre de refuser.

La veillée a continué jusque 2 h du matin, puis Axel nous a dit que nous pouvions dormir. Avec les policiers dont nous craignons qu’ils ne nous virent pendant notre sommeil, l’excitation d’être en plein milieu du carré interdit à toute manifestation, et les anecdotes dont nous avions à nous raconter, nous n’avons pas réellement dormi…

Vers 6 heures du matin, arrivée des CRS. Nous comprenons que les choses sérieuses vont commencer…

Axel nous demande de nous lmever rapidement, faire nos bagages rapidement et de nous rassembler. Il insiste sur la nécéssité de se tenir groupé, pour nous donner de la force. Les dernières provisions sont consommées, et nous entonnons l’espérance pendant que le chef des CRS, venu semble-t-il directement de la préfecture, commence à faire les sommations. Nous tremblons, et ce n’est pas du au froid, mais seules quelques rares personnes partent. L’une d’elles est ma voisine, elle dit qu’elle regrette, qu’elle voudrait bien rester, qu’elle se sent coupable, mais qu’elle doit absolument partir maintenant si elle veut être à l’heure pour son cours de 8h30, à nancy… Je la rassure, et l’encourage à partir. 

Je pense que les autres qui sont partis étaient dans le même cas…

A la fin des trois sommations, les CRS nous encerclent. Visiblement, ce n’est pas l’enthousiasme, puisque l’un d’eux, alors que les trois sommations sont déjà faites, demande à son chef s’il faut nous virer!!! Et le chef se contente de lui répondre qu’il y a bien eu les trois sommations…

Ce manque d’enthousiasme se voit aussi dans la façon dont ils procèdent: seuls quatre d’entre eux cherchent à nous dégager, les autres restent debout à nous encercler et ne bougent pas, et les CRS sont loin d’utiliser le maxdimum de violence; ils nous répètent sans cesse qu’il faut se laisser faire, que cela ne sert à rien, et comme nous nous faisons un devoir de résister au maximum, l’expression « mais qu’est-ce qu’ils sont c… » revient régulièrement. Il leur faut en moyenne trente secondes pour dégager un veilleur, ce qui montre à la fois notre volonté de ne pas céder… et leur manque d’enthousiasme à nous virer.

Nous répondons par une question: « pensez-vous que ce que vous faites est juste »? Je regrette cette question, car pour moi, elle était surtout un moyen de tenir à distance la peur, pas une aide pour eux, mais plutot une forme de violence… (n’oublions tout de même pas que le métier des CRs est de gérer la plus grande violence, ce qui leur pose problème avec les veilleurs: pas assez de violence pour qu’ils se sentent à l’aise dans leur travail…)

Je regrette aussi autre chose: nous avons cédé devant la force. Oh, pas sans nous battre, pas sans résister le plus longtemps possible, mais une fois que les veilleurs ejectés, qu’est-ce qui les empéchaient de se rassembler ailleurs? En prévoyant des relais? L’idée avait été lancée…

Toutefois, cette réflexion ne pouvait être valable dans ce contexte, mais plus tard? Si la police prend l’habiutde d’envoyer les CRS vers 6h du matin, devrons nous l’accepter? Et si nous, en tant que veilleurs, refusons cette forme de « violence » qui consiste à interpeller les CRS sur la légitimité de leur action, au lieu de leur fournir les moyens de le faire dans le secret de leur conscience? La combinaison des deux ne serait-elle pas redoutable sur eux?

Même s’il est certain que pour les premier cette attitude conduirait immanquablement en garde à vue, et que ce type de défi nécéssiterait pas mal de préparation…

Qu’en pensez-vous?

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3 commentaires pour Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien.

  1. Ping : "Gardez toujours à l’esprit que votre propre décision de réussir est plus importante que n’importe quoi d’autre" Abraham Lincoln | Le dingo fureteur

  2. Sopotec dit :

    Je découvre votre blog qui est passionnant. A l’occasion, reprenez la plume…

    • panouf0304 dit :

      Merci à vous.
      C’est vrai que j’aurais de quoi écrire vu que je suis interne en gériatrie, notamment sur l’euthanasie, et la question de savoir si l’hydratation est un soin ou un traitement (c’est un traitement)

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