proposition 21 de François Hollande, ou comment j’ai voulu la mort d’une patiente…

Suite à la propostion 21 de François Hollande (qui veut légaliser l’euthanasie), j’ai décidé d’écrire cet article pour aider à comprendre comment un médecin peut en arriver, sans même s’en rendre compte à vouloir la mort d’un patient…

L’histoire s’est passée il y a 4 ou 5 mois, alors que j’étais en stage dans un service de chirurgie viscérale, où mon role se bornait à suivre la visite et à ranger des papiers: donc pas beaucoup de contacts avec les patients.

Mais avant de vous racontez comment j’ai voulu la mort d’une patiente, j’ai une autre histoire à vous raconter: celle de la première demande d’euthanasie à laquelle j’ai assisté. Il s’agissait d’une personne agée d’une cinquantaine soixantaine d’années, et qui était venue pour une cholecystite, c’est à dire un caillou dans la vésicule biliaire; rien de grave donc. Elle avait présenté des douleurs abdominales très fortes brutalement, qui l’avaient poussée à demander au médecin: « mais piquez-moi, piquez-moi, je n’en peux plus ». C’était une demande d’authanasie très claire!!

Le médecin, après lui avoir répondu que « ce n’était pas son role » l’a examiné et a rapidement découvert de quoi elle souffrait: elle avait un fécalome, c’est-à-dire des matières fécales solidifiées qui lui obstruaient l’anus et l’empéchaient donc d’aller au toilettes. Tout s’était accumulé pendant plusieurs jours, et ça lui faisait très mal!!!

Ce problème est très facile à régler: même vous, paumés en pleine cambrousse, pourriez le faire, mais ce n’est pas très ragoutant: il suffit d’introduire le doigt et de gratter, ou, plus hygiénique, de faire un lavement. C’est vraiment facile à faire!!!

Et ça l’a très vite soulagée: une heure plus tard, elle allait mieux, et le lendemain, toutes les douleurs avaient disparues!!!

De cette histoire, j’ai retenu une chose: une demande d’authanasie n’est pas liée DU TOUT ni à la gravité de la maladie, ni à l’impossibilité de la soulager, mais à la souffrance qu’elle provoque, et ce que l’on puisse la soulager ou pas: au moment de la demande d’authanasie ça n’a pas d’importance…

Mais me répondront certains, il est évident que les médecins commenceront pas chercher si on peut soulager cette douleur avant d’euthanasier la personne, même si elle le demande!!!

C’est faux. Ca dépend des patients…

C’est là que vient se placer ma deuxième histoire. Il y avait dans le même service une dame qui avait été opérée pour une occlusion intestinale, donc pas non plus une maladie grave, mais qui avait aussi un problème psychatrique: elle était COMPLETEMENT amorphe, et c’était USANT pour l’équipe médicale.

Imaginez: vous cherchez à parler à cette personne, elle ne répond pas.

Vous lui faites une prise de sang, elle ne bouge pas.

Vous la lavez, l’habillez, elle ne bouge pas.

Vous l’installez dans son fauteuil, vous revenez 2 ou 3 heures après, elle n’a pas bougé.

Elle ne parle pas.

Elle ne réagit pas lors de la visite.

Elle ne veut pas manger.

Elle reste prostrée dans son lit.

Elle ne réagit pas lorsque ces enfants viennent la voir.

Sans raison apparente: ce n’est pas un légume, c’est juste qu’apparemment elle a pas envie

Et vous avez beau essayer de faire tout ce que vous pouvez, ça ne sert à rien!!

Et ça dure…

Un jour, deux jours. Trois jours, quatre, cinq. Déjà ça use les nerfs de tout le monde…

Et ça continue. Une semaine. Deux semaines. Et on ne voit pas quand ça s’arrète…

Croyez moi, c’est le genre de trucs qui vous use une équipe médicale et paramédicale!! Vous vous demandez: mais qu’est-ce qu’il y a qu’on fait mal? Qu’est-ce qu’il y a qui va pas dans ce qu’on fait? Et quand par dessus, vous avez les enfants vous demandent « mais faites quelque chose », sous entendu, « euthanasiez-la, tuez-la », que vous entendez les infirmières et les aides soignantes, d’ailleurs un peu tout le monde, s’en plaindre…

Et que par dessus, vous avez votre serviteur qui pose, le plus innocemment du monde: mais pour cette dame, n’était-on pas dans l’acharnement thérapeutique lorsqu’on l’a soignée? »… Vous avez un médecin qui explose: « mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse? Que je la tue? J’en ai assez là!! Y a la famille qui me demande ça, les infirmières qui me disent qu’elles en ont marre, et par dessus les étudiants en médecine qui me disent de pas la soigner!! Je suis chirurgien moi, pas psychiatre!! J’ai réglé son problème chirurgical, mais elle a un problème psychatrique, qu’on peut soigner, mais pour lequel je suis pas compétente!! »

Et là, je me suis rendu compte d’une chose: totalement inconsciemment, parce que je voyais à quel point elle était lourde, cette patiente… Je voulais sa mort, alors que j’étais censé la soigner…

Le désir de mort chez les soignants, ça existe. Les différentes affaires d’assassinats de patients par leurs médecins (christine Malèvre, Vincent Humbert, L’affaire Bonnemaison…) le prouvent.

Ce désir est inconscient, c’est une réaction de fuite face à une situation face à laquelle on se sent impuissant, qui vous fait vous sentir impuissant. On ne peut pas soigner cette personne la soulager, on ne supporte plus de la voir souffrir et surtout de se sentir impuissant, alors on a inconsciemment envie de la tuer pour trouver une issue. Cette réaction est une réaction de défense, normale, que tous les médecins ont eu, ont ou auront, face à la situation d’un patient soit sur laquelle ils n’ont plus de prise, soit qu’ils n’arrivent pas à soulager, soit tout simplement qui les énerve!!! Comme le cas d’un médecin qui ne pouvait plus supporter un patient parce que pour son traitement il devait mettre un masque pendant la nuit, m&asque qu’il ne supportait pas. Ou qu’il pue. Ou qu’il est aggressif. Ou qu’il a la manie (due à sa pathologie) de vouloir violer les infirmières (si, si, j’ai vu tout ça).

Il faut préciser que cette réaction est une réaction de défense, donc quelque chose d’égoïste, et inconsciente, donc qui se pare des attributs de l’altruisme parce que sinon on ne la supporterait pas.

La solution alors n’est EVIDEMMENT pas de tuer le malade, mais de passer la main. Vous passez le malade à un de vos collègues, qui lui saura s’occuper de lui. Et bien sur de prendre conscience de ce désir lorsqu’il est là, pour pouvoir le controller: dans mon cas, mettre un mot sur mon désir l’a fait disparaitre, et m’a conduit à me désengager de cette relation médecin malade.

Tant que l’interdit de l’euthanasie subsiste, on peut gérer ce désir. Mais si on vous dit « tu peux », ce que vous traduisez par « tu dois », (parce que ça on le dit pas mais tous les soignants feraient cette traduction) tuer les malades qui te le demandent (et si vous avez un désir de mort inconscient vous allez les POUSSER à vous le demander), ce désir là devient très dur à gérer!! Et les difficultés de la relation médecin/malade finissent dans le meurtre du malade…

Et ce n’est pas nécéssairement les maladies les plus graves qui feraient l’objet d’euthanasie: si vous avez une bonne relation avec le malade, vous allez chercher à le soigner, pas à le tuer. J’en ai encore un exemple: il y a dans le service où je suis, une malade qui a eu un cancer du bras qui a obligé à lui retirer l’os. On a mis une prothèse, sauf qu’il y a eu une infection, qu’elle a un trou dans le bras qui ne cicatrise pas et qui donc redonnerait une infection, et on a du retirer la prothèse. Elle ne peut donc presque plus bouger le bras.

Solution apparemment logique: on coupe le bras qui de toute façon ne sert plus. Pourquoi le médecin ne le fait-il pas? Tout simplement parce qu’il veut SOIGNER cette patiente, en raison de la relation qu’il y a entre eux, et non pas l’amputer. De même, en fonction de la qualité de la relation entre le médecin et le malade, les médecins feraient le choix entre l’euthanasie ou le soin du malade…

Et qu’on ne me parle pas de consentement: il s’agit ici de la gestion du désir de mort qu’un médecin peut ressentir sur un patient, pas de compassion!!! Cela se présente juste sous l’aspect de la compassion pour être supportable pour la conscience, rien de plus.

Je ne suis pas très compétent pour parler du motif de demande d’euthanasie par les patients, mais d’après ce que j’ai compris il s’agit d’une demande d’aide, de dire: je ne supporte plus la souffrance (que l’on peut soulager si elle est physique) ou d’une phase de son acceptation de son état: je me révolte contre l’état dans lequel je suis, ce qui veut déjà dire sque j’ai accepté que j’étais dans cet état… La solution est alors d’accompagner la personne, en sachant que toutes les personnes à qui on annonce une maladie grave passe par un état de refus, dont le demande d’authanasie est l’expression extrème.

Allons nous euthanasier toutes les personnes qui ont une maladie grave? Autant remplacer tous les médecins par des bourreaux, ça ira plus vite!!!

De plus, je dois ajouter que la proposition de françois hollande me parait hypocrite: elle dit « toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité.  »

Une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée. Physique: il y a des cas? Lesquels? Psychique: comment peut-on savoir qu’elle ne eput pas être apaisée? Qui l’estimerait?

Assistance médicalisée pour finir sa vie dans la dignité? Euh, c’est pas DEJA ce qu’on fait? Toute personne qui n’est pas euthanasiée meurt dans l’indignité c’est ça?

Condition précises et strictes? Primo, c’est aussi vraisemblable et aussi véridique que l’IVG réservée au cas de personne en situation de détresse, et deuxièmement, comme dans le cas de l’IVG, on parle de gestion d’un désir de mort!! Ca se joue au niveau de l’inconscient!! Vous croyez vraiment que votre inconscient va les respecter vos « conditions précises et strictes »?

Voilà, je pense avoir tout dit…

Je reste disponible en commentaire si vous avez des questions ou desz remarques…

Cet article a été publié dans Actualité, Réflexion et analyse personnelle. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour proposition 21 de François Hollande, ou comment j’ai voulu la mort d’une patiente…

  1. Barbara dit :

    Je suis très contente que vous vous remettiez à écrire, d’autant plus qu’il ne faut pas laisser le champ libre sur ce sujet aux pro-euthanasie.

  2. Cédric dit :

    Tu as tellement raison … C’est une forme d’abandon (=acceptation naïve ?) au stress d’être soignant, qui fait que de nombreux soignants soutiennent l’euthanasie… Mieux vaut dépasser ce stress et gérer son inconscient de manière à réussir notre mission de soin, comme tu l’exprime si bien.

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