Réexamen des lois de bioéthique: il se passe quoi exactement?

Le réexamen des lois de bioéthique, c’est un sujet pas très médiatisé, surtout avec les manifestations complètement inutiles qui se produisent actuellement.

Je vais essayer de faire un tour assez complet de la question.

Les lois de bioéthique, ce sont les lois qui règlent les pratiques portant sur les manipulations et les modifications de l’ être humain. Ma définition n’est pas la bonne, mais en gros il s’agit pour cette année: du problème de la greffe et du consentement à y donner, de celui de l’assistance médicale à la procréation, et pour cette session du problème des mères porteuses, du problème du diagnostic pré-implantatoire: a-t-on le droit ou non de décider que les embryons qui ont telle maladie n’ont pas le droit de vivre? La réponse est malheureusement oui… Il y a aussi la question des tests prédictifs, qui ont pour but de détecter certains gènes de prédisposition à des maladies, et SURTOUT la question des recherches sur l’embryon.

C’est aujourd’hui le point névralgique, les autres questions sont réglées, et ne changeront pas; ou du moins il y a très peu de chances qu’elles le fassent.

Il est important de se rendre compte que les lois de bioéthique sont LE lieu ou éthique et pouvoir s’entrecroisent. Cette année, les professionnels de l’éthique ont émis l’idée qu’il était nécessaire que les citoyens puissent s’exprimer sur des sujets aussi importants que ceux-là, afin que le débat ne soit pas confisqué par les spécialistes (notez qu’il y a déjà entrecroisement de l’éthique et de la notion de pouvoir; c’est ici l’éthique qui prédomine…) Comme ces personnes voulaient que cette consultation soit réellement un espace de consultation des citoyens, et non un lieu de lobbying, ils ont mis des conditions strictes de participation, afin d’empêcher ce risque: un seul avis par personne et par sujet, des explications détaillées par des personnes neutres d’avis différents qui cherchent à faire comprendre… c’était des conditions assez strictes.

Afin que tous soient au courant, ces États généraux ont été annoncés par la presse, chacun a pu les lire. Mais ceux qui ont répondus sont les personnes intéressées par la question… Et c’est cela ce qu’à vu le gouvernement. Pour lui, c’était un test politique; il s’agissait de savoir quel serait l’effet sur ses électeurs. Et cette considération a visiblement pesé sur le texte proposé…

Et quant aux personnes qui se sont exprimées, elles avaient à la fois le désir de donner leur avis, et l’espoir de changer les choses… Elles se plaçaient donc sur les deux plans.

Or, quel a été le résultat des réponses aux questions posées en réalité? Elles étaient celles-ci: demande-t-on ou non une recherche systématique de trisomie 21 lors du diagnostic pré-implantatoire? Autorise-t-on ou non la pratique des mères porteuses? Restons nous au régime de consentement présumé au don d’organes, qui n’est pas appliqué? Les gens craignent-ils les discriminations liées aux tests génétiques? Et autorisons nous ou pas la recherche sur les embryons, en sachant qu’elle est aujourd’hui interdites sauf cas exceptionnels qui sont systématiquement la règle en pratique?

Les réponses des citoyens ont été celles-ci: Non au DPI pour la trisomie 21, et au DPI tout court d’ailleurs, non aux mères porteuses, ainsi qu’à certaines autres techniques comme la FIV qui sont déjà autorisées, non au consentement présumé aux greffes d’organes, que l’on devrait remplacer par une information sur la carte vitale (consentement exprimé ou non, ou encore pas de choix), les tests génétiques ne doivent pas pouvoir être exigés par un employeur, et ne devraient pouvoir être fait que si ils peuvent aider à soigner le malade, sinon elles ne servent qu’à générer de l’angoisse; on doit interdire les recherches sur l’embryon.

Et pour finir, le projet du gouvernement est celui-ci: en gros il cède aux demandes des citoyens, et est inquiet sur le reste, c’est pourquoi il demande que l’examen de la loi se passe vite, voire très vite, histoire de ne pas avoir embêtements avec les électeurs: moins on parlera de ce sujet, mieux cela vaudra pour lui électoralement parlant. C’est intéressant, parce que ça veut dire qu’il ne se sent pas sur de lui… et donc que nous pouvons en obtenir quelque chose, surtout en l’exigeant clairement, fermement et fortement…

Quant au parlement… Pour lui, il n’a JAMAIS été question de revenir sur certaines autorisations, ni même de respecter aucune des conditions très restrictives théoriquement prévu pour les cas exceptionnels (le Parlement n’est visiblement pas inquiet du fait que les conditions citées ne son,t jamais respectées en pratique…) Dire « sauf pour les cas exceptionnels strictement encadré par la loi », ça veut dire: « on autorise tout le temps pour tout le monde mais pour l’instant on ne peut pas le dire ». Ces « réexamens » anciennement « révisions » sont donc clairement biaisées, et ont pour seul effet de faire tomber toujours plus de barrières jusqu’à que tout soit permis. Il faut être clair!! L’abandon des réexamens réguliers serait donc une bonne nouvelle… si il ne servait pas uniquement à ne pas avoir à se soucier de la loi: tout serait permis car la loi n’interdirait plus rien: en clair, la loi n’aurait plus de contrôle sur les activités des chercheurs, qui passerait à une agence d’Etat qui n’a pas de comptes à rendre; comme c’est bizarre: juste au moment où du fait de la consultation des citoyens, certains scientifiques risquent de ne plus avoir tous les droits qu’ils réclamnet, et pourraient même perdre certains privilèges inutiles…

Dit clairement, cette mesure a probablement pour but d’instaurer une dictature en matière de bioéthique, excercée par une assemblée non légitimée par le vote, au recrutement obscur, et sans aucun contre-pouvoir…

Mais il y a comme un léger problème dans le beau projet du gouvernement. Un cas où évidemment l’éthique ne PEUT pas coller. Les recherches sur l’embryon. D’abord, même si c’est bien évidemment uniquement théorique dans l’esprit de ceux qui écrit cette partie du texte, l’autorisation est censée être uniquement pour 5 ans. Ce qui ne serait pas un problème si certains n’avaient pas la ferme intention d’aller examiner la question de savoir s’il fallait vraiment continuer à donner cette autorisation.

Actuellement, les recherches sont interdites sauf, et ce pour une durée de 5 ans, si elles permettent un progrès thérapeutique majeur, et qu’on ne peut atteindre ce progrès par aucune autre méthode alternative de même efficacité.

Il serait tellement facile de faire quelques micro-changements, comme de valider cette possibilité, et de changer ce mot « thérapeutique » pour « médical » dans la condition du but de la recherche. Après tout ça ne changera presque rien: on pourra juste librement détruire des embryons au simple prétexte de chercher des crèmes pour le visage… Qui s’en soucie? (vous avez bien entendu compris que je suis ironique…)

Il y a comme quelques raisons de penser que ce ne serait pas très utile de maintenir cette autorisation: du coté des progrès thérapeutique majeur, il y a ceci: lorsque l’on sait que c’est le SEUL essai clinique en cours, on a des doutes sur l’efficacité… Et sur la dangerosité aussi; en clair, étant donné que ces cellules ont une vitesse de prolifération équivalente à celle des cancers, l’apparition de tumeurs sera juste… normal. La question serait de savoir si et quand elle deviendrait cancéreuses. (on distingue tumeurs cancéreuses ou non).

En fait pour que ces cellules ne fassent pas de tumeurs, il faudrait diminuer leur capacité de prolifération sans diminuer leurs capacités de cellules souches, ce qui revient à… les transformer en cellules souches adultes!! (si quelqu’un de mieux informé de moi voit une erreur, merci de me la signaler)

A noter aussi que cet essai est… commencé… depuis SEULEMENT 6 jours!!!! On ne peut en avoir les résultats, il est en cours!! Et ses résultats peuvent être désastreux!! Et c’est le SEUL essai en cours, le seul espoir d’avoir un traitement pour une maladie!!! Et il est assez faible, et son efficacité est controversée.

Sans compter qu’en plus, il y a des alternatives: cellules  reprogrammées en cellules souches, cellules souches de sang de cordon (ce sont des cellules souches qui se trouvent dans le cordon, qu’il suffit de prélever… sauf que les équipes médicales n’aiment pas, parce que ça fait du travail en plus: je l’ai déjà vu de mes yeux!!

Et à ce sujet, on parle beaucoup du problème de certaines banques qui proposeraient de garder le sang de cordon moyennant coquette rémunération, alors qu’au niveau de l’Etat, ça ne doit servir que pour d’autres que soi-même et être gratuit; cette polémique est stupide: on pourrait imaginer un type de banque qui permette d’obtenir les cellules souches dont tout le monde a besoin, qu’elle viennent ou non de soi-même; et ce d’autant plus qu’il est mieux au plan médical de se soigner avec ses propres cellulles souches si besoin!!
et le peu d’empressement a envisager une telle possibilité me fait me demander si ce n’est pas qu’une manoeuvre pour éviter que ces banques ne se créaient… de la part de ceux évoqués plus haut au sujet de l’abandon du réexamen des lois de bioéthique… qui pourraient craindre que cela n’entraine l’interdiction de leurs pratiques sur ce sujet… ce n’est pas certain, certes… mais le contraire ne l’est pas non plus!!!

Parce que… Je n’ai pas réussi à trouver le lien, mais pour ces deux catégories de cellules souches, on en est à près d’une centaine de maladies DEJA soignées, contre… 0 pour les cellules souches embryonnaires!!! Il y a comme une différence entre les deux efficacités non?

Mais il faut voir aussi qu’il pourrait y avoir un problème à interdire toute recherche sur l’embryon: celui de bloquer la recherche sur des sujets où elle pourrait être réellement utiles, pas sur celui des CS embryonnaires, où elles sont en cours d’abandon.

Cela dit, il n’est pas question non plus d’accepter que des scientifiques se donnent le droit de détruire des embryons pour tester leurs potentiels futurs médicaments (c’est ce qu’ils font, ça s’appelle le criblage…)

Il n’y aurait pas un moyen de concilier les deux? Si…

Mais à condition de bien comprendre le problème: ce n’est pas la recherche sur l’embryon en elle-même, mais bel et bien le fait que l’on détruise des embryons pour la mener qui est le problème!! Si on pouvait faire ces recherches sans détruire d’embryons, il n’y aurait pas de problème!!

Or, c’est possible!! Eh oui!! on peut prélever des cellules souches embryonnaires sans forcément détruire l’embryon: aujourd’hui, la pratique est « d’exploser » l’embryon pour récolter ses cellules; mais on pourrait n’en prélever qu’une; si les autres n’étaient pas altérées, il n’y aurait pas mort de l’embryon!! Il faudrait juste trouver une méthode sure pour prélever une cellule (cela suffirait: pour le criblage, on passe de 8 cellule à plusieurs milliers, alors je ne vois pas la différence entre partir de 1 ou de 8!!!) sans altérer les autres pour que le problème disparaisse. Cette méthode, personne ne l’a jamais trouvée.

Mais c’est comme le donjon de Naheulbeuk: ce donjon, personne n’en est jamais ressorti… mais personne n’y est jamais entré!!! Là c’est pareil: personne n’a jamais cherché une telle méthode, une méthode sure pour l’embryon j’entends, pour régler le problème éthique de cette façon simple!!

Et c’est un indice très sérieux pour dire que le vrai but de ces recherches est idéologique pour les chercheurs: obtenir le droit de ne pas tenir compte de l’éthique dans leurs recherches (pas tous, heureusement, mais il y en a qui cherchent cela!!)

Il resterait toutefois un problème: s’assurer que cela soit réellement fait, que cette solution mise dans la loi ne soit pas qu’un chiffon de papier!!

Voilà pour le coté « éthique » de cette alternative.

Quant au coté « politique » de celle-ci, il me semble évident que proposer une alternative valable est plus payant que ne faire que s’opposer uniquement à la recherche: nous ne sommes pas opposés à toute recherche, mais à la destruction des embryons humains, qui sont des êtres humains; mais une recherche aux mêmes conditions que pour l’être humain: informations et consentement ici des parents, surveillance stricte de la recherche, arrêt de l’étude si elle se révèle trop dangereuse pour les sujets.

Ou bien dit autrement, nous enverrions le message suivant: nous sommes pour la recherche, mais contre une recherche qui se donnerait tous les droits…

Voilà ma contribution au débat; si il est parmi vous certains juristes qui auraient le temps de proposer un amendement (bien travaillé, avec exposé des motifs et amendement ensuite) à la loi de bioéthique allant dans ce sens, vous pouvez l’envoyer à la fondation Jérome Lejeune; je sais qu’il sera apprécié…

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